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LABORATOIRE D'HEMATOLOGIE DU C.H.U. D'ANGERS
Laboratory of Hematology - University Hospital - Angers France
Métabolisme de la vitamine B12 et des folates

 

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Métabolisme de la vitamine B12 et de l’acide folique

 

Introduction

La vitamine B12 et l’acide folique constituent des cofacteurs essentiels dans un certain nombre de séquences métaboliques chez l’homme. De part leur rôle dans la synthèse des acides nucléiques, toute carence en l’un de ces constituants aura des répercussions sur l’ensemble des tissus à renouvellement rapide, en particulier le tissu hématopoïétique.

Il est donc important de connaître le métabolisme de la vitamine B12, de l’acide folique et leur interrelation dans la synthèse d’ADN pour comprendre la physiopathologie et le diagnostic des anémies mégaloblastiques

 

Métabolisme de la vitamine B12

 

Synthétisée exclusivement par des micro-organismes, la vitamine B12 fut isolée pour la 1ère fois par RICHES en 1948 puis analysée en 1958 par HODGKIN par diffraction des rayons X

 

1  structure chimique.

La vitamine B12 appartient à la famille des CORRINOIDES. Elle est constituée d’un noyau corrine et d’un ribonucléotide reliés entre eux par un pont amino2- propanol :

- le ribonucléotide : il résulte de la condensation de la 5,6 - diméthylbenzimidazole (= base azotée) avec un sucre, le Ribose 3’ phosphate.

- Le noyau corrine : il est formé d’un atome de Co central relié à 4 noyaux pyrrole ainsi qu’à un ligand anionique (- X), dont la nature permettra de définir :

* La cyanocobalamine (- X = - CN) , l’hydroxocobalamine (- X = -OH) : ces 2 composés sont à Co 3+, stables et utilisés en thérapeutique

* La méthylcobalamine (- X = - CH3) , et la 5’ -désoxyadenosyl cobalamine (- X = -5’d Ad) sont les formes coenzymes actives  (avec Co 1+)

 

 

2. Cycle de la vitamine B12 dans l’organisme

 

2.1 Apports et besoins

La vitamine B12 n’est pas synthétisée chez l’homme. Son apport est donc exclusivement alimentaire (foie, viandes, laitages, œufs, poissons, …) et permet à lui seul de couvrir les besoins quotidiens estimés à 3 mg/jour chez l’adulte

 

2.2. Absorption.

L’absorption intestinale de la vitamine B12 à lieu au niveau de l’iléon distal. Elle se fait selon un mécanisme saturable et nécessite la présence de Facteur Intrinsèque (FI)

Après l’hydrolyse peptique acide de l’estomac, les  cobalamines libérées de leurs complexes protéiques peuvent être captés par 2 types de protéines :

- le facteur intrinsèque : c’est une glycoprotéine secrétée par les cellules pariétales du corps et du fundus gastrique après stimulation par la gastrine.

- les protéines R ou haptocorrines ou transcobalamines I et III : celles-ci sont présentes dans de nombreuses sécrétions telles que la salive, le suc gastrique, les larmes, les granulocytes et le plasma.

Sous l’action des protéases pancréatiques, les cobalamines liées aux protéines R sont libérées et transférées sur le FI.

Le complexe B12-FI ainsi formé transite avec le bol alimentaire jusqu’à la partie distale de l’iléon et se fixe sur un récepteur spécifique de la bordure en brosse de l’entérocyte. Le complexe est rapidement internalisé par un phénomène d’endocytose et la vitamine B12 est absorbée selon un mécanisme actif tandis que le FI est relargué dans la lumière digestive

 

2.3. Transport et réserves

.Le transport est assuré par des transporteurs spécifiques : les transcobalamines I, II, III.

- La transcobalamine II.

            Elle est la plus importante car elle fixe plus de 80 % de la vitamine B12 absorbée. C’est une glycoprotéine de 38 000 Da synthétisée par divers tissus (hépatocyte, entérocyte, macrophage, cellules médullaires). Elle délivre la vitamine B12 aux cellules utilisatrices (moelle osseuse, foie, glandes endocrines) par un mécanisme d’endocytose récepteur-dépendant

- Les transcobalamines I et III.

                 Ce sont des glycoprotéines ubiquitaires (PM = 120 000 Da) produites essentiellement par les granulocytes, surtout les promyélocytes et myélocytes. Elles transportent la B12 sans la distribuer aux cellules utilisatrices.

                 La transcobalamine I dont la demi-vie est de 9 jours transporte la majeure partie des cobalamines circulantes et constituerait de part ce fait une forme de stockage.

Réserves. Les réserves en B12 de l’organisme sont considérables étant donné les besoins journaliers minimes. Elles représentent 3 à 4 mg localisées essentiellement au niveau hépatique (+++), cardiaque et splénique.

Les besoins étant de 3 à 4 mg/jour, une carence en B12 ne se manifestera qu’après plusieurs années

 

3. Effets métaboliques

Après leur transport plasmatique, les cobalamines sont relarguées dans le cytoplasme des cellules sous forme d’hydroxocobalamines.

Elles y seront ensuite converties en méthylcobalamine ou en 5’ desoxyadénosyl cobalamine (dans la mitochondrie) pour jouer un rôle de coenzyme dans le transfert de radicaux monocarbonés.

Les cobalamines sont impliquées dans 2 types de réactions métaboliques principales :

 

3.1 Conversion de l’acide méthylmalonique en acide succinique.

La désoxyadénosylcobalamine est le coenzyme qui intervient dans la conversion du méthylmalonyl CoA en succinyl CoA :

 

 

                 Une carence en B12 provoquera une accumulation de méthylmalony CoA d’où une augmentation des taux sériques et urinaires d’acide méthylmalonique qui expliquerait les complications neurologiques observées au cours des états de carence

 

3.2. Conversion combinée de l’homocystéine en méthionine et du méthyl – THF en THF

                 Dans cette réaction, le groupement méthyle lié à la cobalamine est transféré à l’homocystéine pour former la méthionine. La cobalamine enlève ensuite le –CH3 du N5-méthyl THF pour donner le THF :

 

 

                 Un défaut en B12 s’accompagnera d’une accumulation de méthyl-THF aux dépens des autres coenzymes foliques. Il en résultera une carence relative en THF et un ralentissement des réactions folate-dépendantes, notamment la conversion de l’acide uridylique en acide thymidylique nécessaire à la synthèse d’ADN

C’est la réaction clé pour la compréhension des effets de la carence en vitamine B12 sur la synthèse de l’ADN

 

4. Exploration du métabolisme de la vitamine B12

            Différentes épreuves dynamiques ou statiques peuvent être mises en œuvre pour explorer le métabolisme de la vitamine B12. Seuls quelques dosages ou tests seront utilisés en pratique médicale courante

 

4.1 Dosages sanguins

 

4.1.1 Dosage de la vitamine B12 circulante.

                 Les taux sériques en vitamine B12 sont très faibles (160 - 800 pg/ml) et font l’objet d’importantes variations interindividus.

                 L’interprétation de ces dosages doit également tenir compte des faux – et + possibles (ex : modification des taux de transcobalamine)

Dosage microbiologique : il consiste à utiliser un organisme eucaryote (ex : Euglena gracilis) ou procaryote (ex : Lactobacillus leishmanii, E. coli 113) qui utilise la vitamine B12 comme facteur de croissance (dilutions de sérum déprotéinisé et suspensions seront mélangées et incubées pendant 1 à 2 jours. On appréciera ensuite par turbidimétrie la croissance bactérienne par mesure du trouble) N’est plus utilisé

Dosage radio-immunologique (technique par compétition).

                 Cette méthode consiste à saturer un récepteur de la vitamine B12 (FI purifié de porc, ou transcobalamine) par de la B12* radiomarquée. Le complexe B12*-récepteur ainsi formé est ensuite mélangé à différentes dilutions de sérum au niveau desquelles la B12 froide déplace la B12 en quantité proportionnelle à la concentration obtenue après dilution. La valeur de la vitamine B12 sérique sera calculée par comparaison de la radioactivité du surnageant obtenu avec une gamme de solutions froides étalons

Technique froide d’électrochimiluminescence (sur automate). Ce test par compétition utilise du FI marqué au ruthénium : la vitamine B12 de l’échantillon entre en compétition avec de la B12 biotinylée pour les sites de fixation du FI marqué

NB : il existe plusieurs trousses commercialisées

 

4.1.2 Dosage de l’acide méthylmalonique et de l’homocystéine plasmatique

On notera une augmentation de l’homocystéine et de l’acide méthylmalonique plasmatique en cas de carence en vitamine B12

Ce sont des dosages peu réalisés en pratique médicale courante mais dont la signification a été étudiée pour diagnostiquer ou exclure une carence en B12 devant des signes cliniques évocateurs (ex : troubles neurologiques), associés à une vitaminémie  quasi normale.

Il s’avère en effet difficile d’affirmer comme d’infirmer une carence en B12 pour des valeurs « limites » situées dans une zone d’incertitude (proche de la borne inférieure de l’intervalle de référence). Valeurs pour lesquelles la probabilité de conclure à tort à une carence sera fortement augmentée, risquant d'aggraver l'état des patients sains (traités inutilement) et l’état  des patients malades (non traités). D’où l’intérêt des dosages d’acide méthylmalonique et de l’homocystéine plasmatique

Bien que ces marqueurs apportent un argument supplémentaire au diagnostic, il ne permettent pas à eux seuls de conclure à une carence isolée en B12 puisqu’ils varient également lors des déficits en folates

Le dosage de l’homocystéine et de l’acide méthylmalonique ne sont donc qu’un aide au diagnostic différentiel des déficits en B12 et ne devraient donc être prescrits qu’en seconde intention juste après les dosages plasmatiques de vitamine B12 et des folates

 

4.2 Le test de Schilling.

Il évalue l’absorption de la vitamine B12. Le principe est le suivant : après injection IM de 1000 µg de B12 froide (saturation des récepteurs pour éviter une absorption non spécifique), on administre per os (2 heures après) 0,5 à 2 µg de B12* radiomarquée au 58 Co puis on mesure la radioactivité urinaire des 24 heures.

Résultats :

- Sujet normal : si radioactivité urinaire > 10 % de la radioactivité ingérée.

- Sujet carencé en B12 : si radioactivité < 3 % de la radioactivité ingérée. Dans ce cas : refaire le test en administrant du FI en même temps que la B12* marquée. Si l’épreuve se normalise, le déficit en FI est confirmé et si l’épreuve reste perturbée conclure à une malabsorption par anomalie iléale (en utilisant 2 isotopes différents du cobalt les 2 épreuves peuvent se réaliser simultanément)

 

4.3 Test de suppression par la désoxyuridine = dU suppression.

Pas utilisé en pratique médicale courante. Ce test consiste à comparer l’incorporation de thymidine tritiée dans l’ADN de cellules médullaires à tester et son incorporation dans des cellules médullaires normales témoins.    En temps normal, si l’on préincube des cellules médullaires en présence de désoxyuridine froide, on remarque que celles-ci l’utilisent facilement pour le convertir en thymidine. Par conséquent, l’activation de cette voie métabolique inhibe l’incorporation directe de la thymidine tritiée dans le noyau

Dans les états de carence en B12 ou en folates, la désoxyuridine n’est plus utilisable puisque sa transformation en thymidine est dépendante de ces coenzymes : l’incubation de desoxyuridine n’inhibe alors plus l’incorporation de thymidine tritiée

 

4.4 Recherche d’anticorps anti-FI et anticorps anti-cellules pariétales dans le sérum et/ou dans le suc gastrique.

Le FI est très antigénique et les sujets atteints de maladie de Biermer par exemple développent 2 types d’autoanticorps : les autoanticorps de type I qui inhibent la formation du complexe B12-FI (leur dosage se fait par radio immunologie en testant l’effet inhibiteur sur le FI), et les autoanticorps de type II, inhibant la fixation du complexe sur les récepteurs iléaux(dosage par immunodiffusion)

 

4.5 Dosage du FI dans le suc gastrique par méthode isotopique

 

 

Métabolisme de l’acide folique

 

1.Structure et formes chimiques

L’acide folique a été isolé pour la première fois en 1941 à partir de feuilles d’épinards. Il est appelé également vitamine B9.

 

1.1Structure

L’acide folique proprement dit est l’acide ptéroylmonoglutamique. Elle n’est ni la forme alimentaire naturelle ni la forme physiologiquement active. Elle est formée d’une base, la ptéridine, attachée à une molécule d’acide paraaminobenzoïque (PABA) et à une molécule d’acide glutamique :

 

1.2 Formes actives

Les formes physiologiquement actives sont les formes réduites issues de la réduction des deux doubles liaisons éthyléniques en 5-6 et 7-8, ou de la ptéridine. On trouve :

- l’acide dihydrofolique (DHF)

- l’acide tétrahydrofolique (THF) et ses dérivés méthylés ou formylés portant des radicaux monocarbonés en 5 et/ou en 10 :

                 * N5 formyl THF = acide folique

                 * N10 formyl THF

                 * N5 méthyl THF

                 * N5 formimino THF

                 * N5, N10 méthylène THF

                 * N5, N10 méthényl THF

Les formes naturelles (folates alimentaires) sont des polyglutamates

 

2. Cycle des folates dans l’organisme

 

2.1. Besoins et apports

Les besoins quotidiens d’acide folique sont estimés entre 100 et 300 mg/jour de la naissance à la puberté et de 200 à 400 mg/jour chez l’adulte. Un apport alimentaire sous forme réduite et polyglutamique (fruits, salade, légumes frais non cuits) permet de couvrir l’ensemble de ces besoins

 

2.2 Absorption

Dans la lumière intestinale et sous l’action de la flore bactérienne commensale, les folates sont partiellement déconjugués en monoglutomates par des enzymes telles que la glutamylcarboxypeptidase.

L’absorption se fait au niveau du jéjunum proximal par un système de transport actif, saturable, sensible au pH et par un transport passif à la surface de l’épithélium en cas d’excès.

Rq : le N5 CH3-THF monoglutamate est absorbé sans modifications tandis que les autres monoglutamates seront préalablement convertis en CH3-THF

 

2.3. Transport et réserves

Dans le plasma, les folates circulent aussi bien sous forme libre que sous forme liée.

La forme circulante est surtout le N5 méthyl THF. Deux types de protéines lient les folates dans le sang :

- l’albumine et l’alpha2 macroglobuline : ce sont des ligands de faible affinité qui transportent les folates préférentiellement vers certains tissus dont le placenta et le fœtus.

- Des Folates Binding Proteins Solubles (S-FBP) : se sont des ligands de haute affinité dont le rôle est encore mal défini.

Les réserves représentent 10 à 15 mg, surtout sous forme de N5méthyl THF (stockage surtout hépatique). Relativement faibles, elles seront épuisables sur un délai de 1 à 4 mois en cas de carence

 

3. Effets métaboliques

 

3.1 Synthèse du thymidylate (dTMP)

La thymine est une base pyrimidique indispensable à la synthèse d’ADN. Ce dTMP incorporé dans l’ADN, résulte de la méthylation du désoxyuridilate monophosphate (dUMP) par une enzyme ( la thymidylate synthétase) et en présence de N5,N10 méthylène THF comme coenzyme :

 

3.2. Synthèse des bases puriques

Le N5 N10 méthylène THF et N10 formyl THF forment les 2ème et 8ème atomes de carbone du noyau purine

 

3.3. Interconversion sérine – glycine

Elle aboutit à la synthèse du N5 N10 méthylène THF par la sérine hydroxyméthylase en présence de THF (= transfert réversible d’un formaldéhyde de la SER sur le THF).

Le N5 N10 méthylène THF ainsi formé est soit donneur de – CH3 pour la synthèse du thymidylate, soit réduit en N5 méthyl THF :

 

 

3.4. Synthèse de la méthionine

Il s’agit d’une réaction de transméthylation commune avec la vitamine B12 faisant intervenir la méthionine synthétase : le groupement –CH3 du N5 CH3-THF est transféré sur l’homocystéine (permettant la régénération  du THF et de la méthionine) (voir schéma dans le métabolisme de la vitamine B12)

 

3.5. Catabolisme de l’histidine

La conversion de l’histidine en acide glutamique passe par un intermédiaire métabolique : l’acide formimino glutamique (FIGLU) dont la transformation en acide glutamique est folate dépendante (voir schéma précédent)

 

3.6. Synthèse du N10 formyl THF.

Elle se fait à partir de formates, ATP et THF

 

4. Exploration du métabolisme des folates

 

4.1. Dosages statiques

 

4.1.1 Dosage microbiologique

Même principe que pour la vitamine B12 : il est basé sur la propriété qu’ont certains microorganismes à utiliser des dérivés du THF comme facteur de croissance. (Ex : le Lactobacillus casei permet de doser toutes les formes de folates mono et polyglutamates, le THF et le N5 méthyl THF ; le Streptococcus fecalis, ne permet de doser que les monoglutamates). Ce type de dosage n’est plus d’usage courant, mais demeure le seul test de détermination d’un coenzyme particulier

 

4.1.2 Dosage radioimmunologique des folates sériques (technique de compétition)

Il est basé sur la propriété de la folactoglobuline (présente dans le lait ou dans le sérum de porc) à fixer le méthyl THF* marqué. C’est un dosage par radiocompétition sur sang total. Il se réalise également sur automate par une technique froide d’électrochimiluminescence selon le même principe que celui de la vitamine B12, en utilisant la FBP comme protéine de liaison

Valeurs physiologiques : 5 à 15 ng/ml

 

4.1.3 Dosage des folates érythrocytaires

Le dosage se réalise également sur automate, et reflète de manière plus fiable l’état des réserves médullaires. La valeur normale est de 160 – 800 ng/ml de globules rouges. Leur diminution est plus fidèle pour affirmer une carence

 

4.2. Tests dynamiques

 

4.2.1 Hyperfolatémie provoquée

Ce test consiste à faire ingérer 40 mg/kg d’acide folique per os et à étudier la variation du taux d’acide folique du sérum, 60 et 90 minutes plus tard. C’est un test qui n’est pas réalisé en pratique médicale courante

 

4.2.2 Test du FIGLU

Après une dose de charge de chlorhydrate d’histidine per os (adulte 5 g ; enfant 0,3 g/kg), on mesure l’excrétion urinaire du FIGLU sur les urines de 24 heures avant et après la charge orale. Ce test est cependant peu spécifique et souvent faussé positivement par certains états pathologiques ou physiologiques (ex : cirrhose hépatique, grossesse, carence en B12)

 

4.2.3 dU suppression.

Idem que le chapitre précédent. Celui-ci est perturbé en cas de carence en folates

 

5. Interrelations métaboliques

La synthèse du thymidylate étant directement dépendante du méthyl THF et indirectement dépendante de la méthylcobalamine, tout défaut en B12 s’accompagnera d’une accumulation de méthyl THF au dépend des autres coenzymes foliques (cf schéma). Il en résultera donc une carence relative en THF et un ralentissement des réactions folico-dépendantes (notamment la conversion de l’acide uridilique en acide thymidylique). Toute carence en folate ou cobalamine aboutit donc à un défaut de synthèse de thymidylate, donc d’ADN

 

 

Annexe : carences en vitamine B12 et/ou en folates

1. Carences

Les mécanismes de constitution des carences en vitamine B12 ou folates sont multiples

 

- Carences d’apport

Folates : malnutrition, cuisson prolongée des aliments détruisant les folates, inadéquation entre apports et besoins (accrus au cours de la grossesse et des états d’hyperactivité médullaire : anémie hémolytique, proliférations cellulaires malignes)

La carence d’apport est la principale cause de carence en folates ; elle toucherait près de 10% de la population mondiale

B12 : les carences d’apport sont rares

 

- Pertes accrues : hémodialyse et pertes de folates

 

- Carences d’utilisation ou malabsorption

B12 : gastrectomie (totale, partielle), déficit en FI (maladie de Biermer*, gastrites atrophiques), maladie coeliaque, insuffisance pancréatique, sclérodermie ankylostomose, sprue…

Folates : éthylisme, sénescence, malabsorptions digestives : gastrectomies, résections intestinales étendues, maladie de Crohn, alimentation parentérale non supplémentée en folates, associées à un état pathologique ou infectieux

 

- Carences médicamenteuses :

Il s’agit de médicaments dont le principe actif (PA) altère le métabolisme des cobalamines ou des folates (par exemple PA perturbant le cycle des folates : phénytoïne, phénobarbital, contraceptifs oraux, Bactrim®, sulfamides ; ou bien PA perturbant le cycle de cobalamines : colchicine, néomycine,  protoxyde d’azote ; ou bien PA inhibant la synthèse d’ADN : antimétabolites, inhibiteurs de reverse transcriptase (ex : AZT))

 

NB : la maladie de Biermer est une anémie mégaloblastique liée à une carence en vitamine B12 par déficit en FI gastrique lié à une production d’Ac anti FI

 

2. Physiopathologie générale

Comme nous l’avons mentionné au chapitre précédent, les carences en vitamine B12 et/ou en folates auront pour principal effet de perturber la synthèse d’un nucléotide (la thymidine) essentiel à la réplication de l’ADN. Toute cellule en cycle va donc voir celui-ci s’allonger, notamment par une durée excessive des phases G1et S. Si l’ensemble des tissus de l’organisme est affecté par ces carences, ce sont en premier lieu les tissus à très fort index mitotique qui seront perturbés: le tissu hématopoïétique (à commencer par l’érythropoïèse) et l’ensemble des tissus du tractus digestif

 

3. Conséquences sur les diverses lignées cellulaires

- Conséquences sur la lignée érythroblastique

L’érythropoïèse est caractérisée par 2 phénomènes synchronisés que sont : la synthèse d’ADN, qui précède chaque mitose ( Il y a 4 mitoses entre le proérythroblaste et l’érythroblaste acidophile) et la synthèse d’hémoglobine. La synthèse d’ADN s’arrête quand la concentration en hémoglobine intraérythrocytaire atteint 32 %.

L’allongement excessif de la phase S du cycle cellulaire aboutit à la formation de cellules au noyau d’apparence « immature » alors que le cytoplasme (qui continue sa différenciation à un rythme normal) est géant avec un contenu mature (= riche en hémoglobine). Ceci caractérise l’asynchronisme de maturation nucléocytoplasmique où la cellule a un noyau « jeune » et le cytoplasme a celui d’une cellule mature (=mégolablaste).

Ces cellules sont fragiles et un faible nombre arrive à maturité. Pour compenser le défaut de production et la destruction (= avortement intramédullaire excessif ), la moelle osseuse devient alors hyperplasique

- Conséquences sur les autres lignées cellulaires

La mégaloblastose est majeure au niveau des érythroblastes mais atteint en réalité les 3 lignées médullaires.

On observe une augmentation de taille des éléments de la lignée granuleuse (particulièrement visible sur les métamyélocytes).

La lignée mégacaryocytaire est également atteinte (=thrombopénie)

On notera également l’apparition de cellules géantes au niveau du tube digestif ainsi qu’une atrophie des cordons postérieurs des fibres de la moelle épinière (spécificité du rôle  trophique de la vitamine B12)

 

Document réalisé avec l’aide de H Michelon (juin2003)